La graine et le mulet

Synopsis

Monsieur Beiji, la soixantaine fatiguée, se traîne sur le chantier naval du port dans un emploi devenu pénible au fil des années. Père de famille divorcé, s’attachant à rester proche des siens, malgré une histoire familiale de ruptures et de tensions que l’on sent prêtes à se raviver, et que les difficultés financières ne font qu’exacerber, il traverse une période délicate de sa vie où tout semble contribuer à lui faire éprouver un sentiment d’inutilité. Une impression d’échec qui lui pèse depuis quelque temps, et dont il ne songe qu’à sortir en créant sa propre affaire : un restaurant.

J’ai eu un véritable coup de foudre pour ce film. Certains le trouveront trop long, trop réaliste et ils se sentiront peut-être « voyeurs ». C’est vrai que ce film est réaliste, le réalisateur filme en durée réelle certaines scènes, les dialogues sont ceux de la vie de tous les jours et peuvent donc paraître parfois sans intérêt. On est le dernier convive invité, invisible, qui écoute et regarde vivre et se battre deux familles. J’ai aimé la façon de jouer (ou de ne pas jouer) ; j’ai été admirative et bouleversée devant cette femme qui hurle son désespoir face à son beau-père. Subjuguée aussi par cette danse interminable dans laquelle se lance une jeune femme tandis que son « beau-père » court, trottine pour récupérer sa mobylette « empruntée » par des enfants. Certains comparent ce réalisateur à Maurice Pialat et je crois qu’ils n’ont pas tout à fait tort.

« Je suis parti d’un pur fantasme populaire, le genre d’histoire que l’on aime à raconter dans les cités, le mythe de ceux qui « s’en sont sortis », autrement dit qui ont échappé à l’esclavage moderne que représente une situation professionnelle précaire,

en créant leur propre affaire ; pour le traiter avec une certaine ironie et la capacité à débrider le récit que permet le choix narratif du conte. Il s’agit donc d’un récit d’aventure, où la dimension humaine des personnages, même lorsqu’ils sont pris dans un groupe, ou une action forte, comme c’est le cas dans la précipitation dramatique de la seconde partie, tend à constituer le motif central. Et tout en m’astreignant à concentrer et à maintenir l’intérêt autour de cette action principale, à laquelle je tiens pour sa forte dimension euphorique et symbolique à la fois, il était important pour moi de laisser, paradoxalement, libre cours aux digressions qui pouvaient venir s’enchevêtrer dans le récit, comme autant d’escapades justifiées par le simple plaisir contemplatif des événements de la vie quotidienne de ce feuilleton familial. » (Abdellatif Kechiche)

Fiche technique

Réalisation : Abdellatif KECHICHE Scénario : Abdellatif KECHICHE Photographie : Lubomir BAKCHEV Son : Nicolas WASCHKOWSKI, Olivier LAURENT, Eric LEGARCON, Eric ARMBRUSTER, Jean-Paul HURIER Costumes : Maria BELOSO-HALL Montage : Ghalia LACROIX, Camille TOUBKIS Décors : Benoît BAROUH Pays : France Date : 2007 Genre : comédie dramatique Durée : 151 mn Interprètes : Habib BOUFARES, Hafsia HERZI, Farida BENKHETACHE, Abdelhamid AKTOUCHE, Bouraouïa MARZOUK, Alice HOURI, Bruno LOCHET Couleur

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