Jean Mineur et le cinéma

Jean Mineur a eu très tôt l’idée de disposer d’un générique représentant son activité. Sa région d’origine (Valencienne) et son patronyme lui donnèrent l’idée d’un mineur pour le représenter. Le premier mineur fut dessiné par Lucien Jonas en 1934. C’est ce dessin qui fut, à la fin des années 30, le premier Jean Mineur sur les écrans.

Au sortir de la guerre, le « mineur de Jonas », sérieux et réaliste, n’incarnait plus une France lancée sur la voie de la consommation de masse et désireuse d’oublier la guerre. Jean Mineur eut alors l’idée de rajeunir son image. Il demanda à Albert Champeaux de dessiner un tout jeune adolescent. A l’issue de quelques tentatives, le petit mineur fut adopté au début des années 50.

Le scénario le plus connu, dans lequel on le voit lancer dans une cible son pic de mineur en faisant apparaître le numéro de téléphone de Jean Mineur (Balzac 00 01) et accompagné de la ritournelle devenue célèbre, apparut sur les écrans en avril 1952.

Depuis 1952, le petit mineur n’a connu que quelques évolutions et constitue donc un remarquable exemple de longévité publicitaire. La première modification vint en 1962 d’un dessin que Sempé envoya à Jean Mineur. Ce dessin humoristique représentait une salle de cinéma dans laquelle les spectateurs semblaient paniqués parce que le petit mineur venait de rater, pour la première fois sa cible.

Cette idée plut à Jean Mineur. Depuis 10 ans en effet, infailliblement, le petit mineur atteignait le cœur de la cible et les spectateurs pouvaient commencer à se lasser de cette réussite permanente. De plus, la publicité était, à l’époque, diffusée à l’entracte, entre la première partie (dessins animés, actualités, cours métrages…) et le grand film. Il importait de maintenir les spectateurs en place et les inciter à regarder la publicité.

Ce dessin de Sempé est à l’origine d’une demi-douzaine de variantes, mettant en scène le petit mineur dans différentes aventures. La plus connue d’entre elle, exhumée par « La dernière séance » d’Eddy Mitchell durant les années 80, présente le petit mineur pourchassé par une vache, qui reposait derrière la cible et dont il trouble la quiétude en envoyant son pic dans la cible.

La deuxième évolution significative trouva, en 1968, son origine dans l’arrivée annoncée de la publicité commerciale à la télévision française. Cette perspective incita Jean Mineur à accepter, pour la première fois, que le petit mineur devienne l’ambassadeur d’une marque autre que la sienne propre. L’élu fut une boisson apéritive non alcoolisée : San Pellegrino. Cette évolution donna, depuis, lieu à de nombreuses unions entre le petit mineur et des marques.

Troisième modification, plus radicale. Le petit mineur disparut quasiment des écrans pendant 10 années, de 1971 à 1982, suite de la fusion de la société de Jean Mineur avec celle de son concurrent.

Lorsqu’il revient sur les écrans en 1982, il fut décidé de modifier le décor dans lequel il évoluait. Evocateurs dans les années 50, les terrils et chevalements du Nord minier inscrivaient par trop, au début des années 80, le petit mineur dans le passé. Il fut alors présenté dans un décor épuré, sans référence spatiale ou temporelle d’aucune sorte.

Enfin, sa cinquième évolution le vit abandonner, après près de 50 ans de loyaux services, le dessin animé au profit d’images réalisées par ordinateur. Un nouveau générique apparut en mars 1998, résolument moderne et inscrivant plus encore le petit mineur dans l’univers du cinéma, puisqu’on le voit pénétrer dans une salle de cinéma en surfant et lancer son pic au travers de la fenêtre de la cabine de projection. Délicat dosage entre le passé, soigneusement conservé au travers du personnage et de ses principaux attributs (pic, lancer dans la cible…) et l’avenir.

« On était évidemment tous très attachés à notre petit mineur dans la famille. Mon père en était très fier et il était comme un petit frère pour moi. Mais ce qui est intéressant, c’est que le public l’aimait bien aussi, et au bout d’un certain temps, pas mal de gens ont spontanément écrit à Médiavision pour demander où il était passé. » (Caroline Mineur)

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